NOS AMIES LES PLANTES
Le Sureau
Encore un arbre ami et compagnon de l'homme. Déjà, aux époques les plus reculées de la préhistoire, et les fouilles l'ont prouvé, le sureau vivait auprès des hommes. En effet, on ne le trouve que près des villages, et rarement en rase campagne, ou dans les bois, et ceci pour le sureau qui nous intéresse, Sambucus racemosa. Il existe trois espèces de sureau : l'yèble, Sambucus ebulus, le vilain petit canard de la famille, entre 0m70et 1m20,c'est une plante herbacée, qui disparaît l'hiver, et dont seuls les rhizomes subsistent en terre. Le feuillage dégage une odeur très désagréable au froissement. Les fruits, de petites baies noires, sont semblables à celles du sureau noir, et sont purgatives. Il importe de ne pas les confondre avec les baies du précédent. Le dernier, le sureau à grappes, Sambucus racemosa, ne pousse pas dans nos régions ; on le trouve en montagne, dans les Alpes notamment. Il est semblable au sureau noir, mais ses fruits sont rouges. Tous les trois appartiennent à la petite famille des Caprifoliacées, comme le chèvrefeuille, le weigelia, et l'abelia, pour les plantes décoratives. Le sureau noir est le compagnon de l'homme, auprès duquel il se plait à vivre. Il aime les ruines, les jardins abandonnés et les terres fertilisées. Il était souvent présent près des granges et des cabanes de berger. C'est un arbre qui peut atteindre jusqu'à 10 mètres de hauteur, pour les plus grands. Le tronc est souvent ramifié à la base, l'écorce est profondément sillonnée, souvent colonisée par des mousses et des lichens. Sur le vieux bois, il arrive que l'on trouve un champignon noir et gélatineux : l'oreille de Judas, ingrédient incontournable de la cuisine chinoise. On aurait donné ce nom de Judas au champignon en mémoire de l'homme maudit qui aurait choisi un sureau pour se pendre après avoir dénoncé le Christ. Souvent, de jeunes rameaux fins, partis du tronc, s'élancent vers la lumière, mais ils ont une durée de vie brève, et sèchent souvent l'année suivante. Les feuilles, vert sombre et mates, sont opposées et pennées ; constituées de 5 à 7 folioles, sessiles, ou à très court pétiole. Ovales et pointues, finement dentelées, elles dégagent une forte odeur caractéristique. Elles sont légèrement velues en dessous. Très précoces, les jeunes feuilles apparaissent dès la fin de février. A cette époque, elles sont sensibles au gel, mais leur destruction ne remet pas en cause la floraison. Les fleurs, blanches, légèrement crème, exhalent une odeur beaucoup plus agréable. Elles apparaissent après la feuille et se rassemblent sur une grappe en forme de corymbe. Alors que chaque fleur ne mesure que quelques millimètres, les inflorescences peuvent atteindre 25 centimètres de diamètre et réunir près de 500 fleurs chacune. Le calice de chaque petite fleur possède 5 sépales pointus et 5 pétales soudés arrondis ; les anthères sont blanches. Le corymbe se divise en 5 ramifications principales. La floraison débute au mois de mai et s'échelonne jusqu'en juin juillet. Et, comme les fleurs sont très mellifères, elles attirent de nombreux insectes butineurs, parmi lesquels les abeilles. Le pollen est rouge, le miel de couleur claire, adoucissant, dépuratif, diurétique. Le fruit est une drupe sphérique, composée de trois à cinq carpelles à pépins. Jeunes, ils sont verts, puis deviennent rouge violacé pour enfin devenir noirs à complète maturité. Leur goût est agréable. Les fruits mûrs sont la friandise de nombreux oiseaux : les fauvettes à tête noire, sansonnets, merles, rouges gorge, et bien d'autres, particulièrement, en fin d'année, les migrateurs qui ont besoin de prendre des forces et de faire des réserves avant le grand départ. Le sureau a tout intérêt a ce que les oiseaux se servent chez lui : jardiniers efficaces, ces oiseaux répandront les graines alentour. Leur système digestif n'assimilant que la pulpe des fruits, les graines sont rejetées dans les fientes. Et les oiseaux trouvent pour se nourrir les nombreux pucerons et insectes qui se nourrissent de la sève de l'arbre, ainsi qu'une multiplicité de fourches pour installer le nid maternel. Mais passons aux nombreuses utilisations. Au jardin, le purin de feuilles est efficace contre les pucerons et les thrips. Il éloigne aussi les mulots et les campagnols. Pline préconisait, il y a quelques siècles, de détruire les puces et les mouches en les aspergeant avec ce purin. Les feuilles, jetées sur le compost, sont un bon activateur de décomposition. Efficace également contre le mildiou du rosier. En cuisine, on fait d'excellentes gelées avec les fruits. Ne pas attendre que les fruits soient trop mûrs, l'expérience m'a appris qu'il est préférable d'avoir quelques grains verts, qui contiennent de le pectine, un gélifiant. Les fleurs sont excellentes en beignets ; on fait des coulis avec les fruits, du sirop de sureau, excellent pour confectionner des Kirs, du jus de fruits, à la centrifugeuse, du vin, de l'eau de vie, du vinaigre… En usage médical je récolte chaque année une provision de fleurs, elles sont sudorifiques, et efficaces en cas de refroidissement fiévreux : je prépare ce que l'on appelait autrefois une « potion militaire »Faire chauffer un bol de vin rouge puissant, avec un peu de poivre mignonnette, un clou de girofle, une poignée de fleurs, sucrer avec du miel, et boire très chaud avant de se coucher. Transpiration garantie ! En cas de conjonctivite, une compresse de fleurs sur les paupières soulage. Les fleurs s'emploient aussi en inhalation. Il existe bien d'autres utilisations en médecine populaire, que ce soit avec les feuilles, les fleurs, l'écorce, ou les racines. Avec le bois, on faisait autrefois beaucoup d'objets utilitaires, et de jouets. En décoration, au jardin, il existe une dizaine de cultivars à feuillage décoratifs, dorés, rouges, verts à bordure blanc doré, à bordure blanche, pleureur, etc. Cette plante est sous-utilisée en France, à l'inverse de l'Autriche, par exemple.
Et, pour la fin, une recette tirée d'un vieux grimoire du moyen âge. Pour faire un bâton de sorcier : il faut les yeux d'un jeune loup, la langue et le cœur d'un chien, trois cœurs d'hirondelle, trois lézards verts. Sécher le tout, broyer, puis remplir une branche de sureau creuse vidée de sa moelle avec le mélange, en terminant par sept feuilles de verveine et une pierre multicolore trouvée dans un nid de huppe ! Ce bâton protège des périls de le route, et ensorcelle le bétail. Alors, bonne promenade !
Gabriel Michelin. 19. 09.2009